À Maurice, seules 20 % des mères allaitent exclusivement leur bébé pendant les six premiers mois recommandés par l’OMS, qui vise 50 % d’ici 2027. Ce chiffre, confirmé par le ministère de la Santé lors d’un symposium national en août 2026, n’a rien d’une fatalité culturelle. Il raconte surtout un manque de soutien structurel et c’est précisément là que les choses commencent à bouger.
Ce qui change déjà
Le gouvernement a dévoilé Koki, une mascotte nationale de l’allaitement inspirée du pigeon des mares, et prépare une loi encadrant le marketing des substituts du lait maternel, avec l’appui de l’OMS. Plus concret encore : le congé maternité passera de 16 à 26 semaines à plein salaire dès le 1er janvier 2027, avec la possibilité de prendre 26 semaines de plus à mi-salaire. 26 semaines, c’est presque exactement la durée de l’allaitement exclusif recommandé. C’est le type de mesure qui, historiquement, fait bouger les statistiques là où les campagnes de sensibilisation seules n’y arrivent pas.
Ce qui ne change pas encore
En attendant janvier 2027, la plupart des mamans mauriciennes reprennent le travail bien avant d’avoir atteint six mois d’allaitement. S’ajoutent la pression familiale (« donne-lui un peu de lait en poudre, tu n’as pas assez de lait »), le manque d’espaces adaptés pour tirer son lait au bureau, et une publicité pour les laits infantiles encore très présente. Des associations comme REPAIR, fondée par des sages-femmes et médecins mauriciens, se mobilisent déjà pour accompagner à domicile les mamans les plus isolées, de la grossesse à la première année du bébé.
Ce qui aide vraiment, dès maintenant
En attendant que les politiques publiques rattrapent les intentions, trois choses font une vraie différence au quotidien : un retrait du lait fréquent et efficace (tétées ou tirages rapprochés, la véritable clé de la production, bien avant tout complément) ; une information fiable sur ce qui est normal (la production de lait met du temps à s’ajuster, les tétées groupées ne veulent pas dire « pas assez de lait ») ; et un entourage préparé, surtout le partenaire et les grands-mères, qui sont souvent les premiers à proposer un biberon de complément par inquiétude plutôt que par nécessité.
Chaque goutte de lait maternel compte, qu’elle vienne en complément d’un allaitement mixte ou d’un allaitement exclusif. Il n’y a pas de culpabilité à avoir, seulement des informations à chercher au bon endroit.
Sources : ministère de la Santé et du Bien-être de Maurice, via L’Express/AllAfrica (5 août 2026) ; DLA Piper GENIE sur le congé maternité (21 sept. 2026) ; association REPAIR (Happy Pot, mars 2026).

